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Actualité Terrain

02/06/2017

Témoignage d’Adeline Bouvard et Ariane Degroote – l’accès à l’eau dans la Chaîne des Matheux

En mars 2015, nous commencions nos travaux de doctorat, avec Ariane, et découvrions la petite région de La Borne, dans la Chaîne des Matheux où Enfants Sans Frontières démarrait ses interventions. Dans la région, les pluies sont regroupées d’avril à octobre. Malgré l’abondance des pluies durant cette période de l’année, l’eau s’infiltre en profondeur dans le substrat calcaire, aucun réseau d’eau n’est apparent dans la région et les sources sont très peu nombreuses. Nous avons été impressionnées de découvrir le temps passé par les femmes et les enfants, chaque jour, pour aller chercher de l’eau aux sources, à pied sur les chemins escarpés : l’eau pour la boisson mais aussi celle pour la cuisine, pour la lessive, pour l’hygiène, …

Durant la saison sèche, le débit des sources diminue fortement : ce sont alors plusieurs heures que les enfants passent quotidiennement à la source pour remplir un petit bidon, pendant la nuit ou au lever du jour, avant d’aller à l’école. Bien souvent, si l’attente à la source est trop longue, les enfants reviennent tard à la maison, trop tard pour être acceptés à l’école. Outre les besoins importants des familles, les activités agricoles sont elles aussi dépendantes de l’accès à l’eau. Dans la région, l’agriculture est exclusivement sous régime pluvial : la majorité des parcelles ne peuvent être emblavées qu’à partir du début de la saison pluvieuse, ce qui limite la durée de la saison culturale. De même, les difficultés d’accès à l’eau en saison sèche rendent la conduite de l’élevage très compliquée et de nombreux animaux meurent chaque année faute d’abreuvement suffisant. Les animaux représentent pourtant une forme d’épargne très importante pour les familles et l’agriculture constitue la principale source de revenu.

 

 

Ayant bien compris à quel point cette question de l’accès à l’eau est cruciale dans la région, Enfants Sans Frontières en a fait son axe d’intervention prioritaire depuis trois ans. Différentes formes d’ouvrages de stockage des eaux de pluie ont été construits : bassins de rétention des eaux situés en fond de vallon qui réceptionnent les eaux qui ruissellent sur les versants, bassins de réception des eaux de pluie qui ruissèlent sur les chemins ruraux, citernes communautaires qui récupèrent les eaux de pluie sur les toitures des écoles et des marchés et enfin citernes familiales qui récupèrent les eaux du toit des maisons des familles. Nous avons eu la chance d’être là durant les chantiers de construction : la main d’œuvre employée est constituée des agriculteurs de la région qui ont bénéficié d’un petit revenu monétaire si précieux pour mettre en culture une ou deux parcelles supplémentaires, agrandir le cheptel ou participer au paiement des frais d’écolage.

Cette année 2017, nous avons passé plusieurs semaines dans la région aux mois de mars et d’avril, alors que la saison pluvieuse n’avait pas encore commencé. Certains bassins contenaient de l’eau, collectée lors des toutes premières pluies : nombre d’animaux y ont été conduits chaque jour pour être abreuvés.

 

 

Suite au passage du cyclone Matthew à l’automne, les agriculteurs nous ont témoigné à quel point il leur était précieux de pouvoir correctement abreuver le cheptel qu’ils ont pu conserver et qui a une importance toute particulière dans un contexte où une grande partie des récoltes a été perdue. Les bassins déjà vides ont été nettoyés par les familles résidant à proximité durant la première semaine d’avril, sous leur propre impulsion. L’eau est trop précieuse, « on ne peut pas se permettre qu’elle soit salie par de la terre » nous expliquait un agriculteur travaillant une parcelle avoisinant un des ouvrages.

Chaque jour, les enfants de l’école du village de La Borne ont pu rentrer chez eux avec un bidon d’eau, leur permettant de ne pas être obligés d’aller à la source le matin et d’arriver à l’heure en classe. Les bénéficiaires des premières citernes familiales se sont quant à eux réjouis de l’arrivée des premières pluies qui ont commencé à remplir les citernes construites en début d’année : le niveau d’eau dans le réservoir était encore faible quand nous avons quitté la région mais déjà de nombreux enfants en bénéficiaient pour se laver le matin avant de revêtir l’uniforme scolaire !

Nous retournerons dans la Chaîne des Matheux en juin, alors que la saison pluvieuse aura débuté depuis deux mois. Cela nous donnera à nouveau l’occasion de constater à quel point ces petits points de stockage sont utilisés au quotidien par les familles. La route reste longue, mais ces débuts sont plus qu’encourageants !